Jeu et philosophie #2

3 septembre 2013 § Poster un commentaire

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extraits de l’intervention de Colas Duflo, université d’été des ludothécaires 1998

Colas Duflo, professeur à l’Université de Picardie Jules Verne, est spécialiste de la littérature et de la philosophie françaises du XVIIIe siècle. Il est l’auteur de le jeu de Pascal à Schiller et Jouer et philosopher.

… suite du billet précédent :

« Le Tricheur à l'as de carreau », v. 1635 par Georges de La Tour (1593-1652). Paris, Musée du Louvre.

« Le Tricheur à l’as de carreau », v. 1635 par Georges de La Tour (1593-1652). Paris, Musée du Louvre.

Les facteurs de mutation de la société par rapport au jeu

Entre le début du 17ème siècle et la fin du 18ème siècle, quels sont les facteurs qui ont contribué à cette mutation ? Il y en a plusieurs mais on n’en retiendra que trois ici : le changement social, le changement d’épistémologie et le changement d’anthropologie.

Le changement social

Le philosophe écrit dans son temps et de son temps. S’il se préoccupe du jeu et aux 17ème et 18ème siècles, c’est indéniablement parce que la société est une société de jeu. Cette idée se voit très bien chez Pascal. Il a créé les premiers modèles efficaces en matière de probabilités et a contribué ainsi à leur développement, mais il a surtout accordé une très grande place au jeu dans ses Pensées. Le jeu sert de modèle pour penser toute la société, car tout le monde joue, dans toutes les classes sociales.

Cette idée se voit encore mieux au 18ème siècle dans L’histoire de ma vie, les mémoires de Casanova. Cet ouvrage compte beaucoup plus de pages consacrées au jeu ou à la description d’aventures liées au jeu que de pages liées à l’aventure amoureuse. Par ailleurs, quelques traités sont consacrés au jeu sous différents points de vue : traités de juristes, de mathématiciens, consacrés à la passion de jeu. Des pièces de théâtre ayant pour thème le joueur fanatique qui ruine toute sa famille voient le jour, etc. Le jeu est donc un phénomène de société qu’il faut penser.

Le changement d’épistémologie

L’intérêt des savants pour le jeu (pas seulement les jeux de hasard car il existe des textes de Leibniz où il analyse un certain nombre d’autres jeux comme le solitaire, le jeu de go, etc.) change le jeu. Il devient un lieu privilégié où s’exerce l’intelligence humaine sans contrainte. Des textes de Leibniz ou de l’Encyclopédie Diderot D’Alembert s’émerveillent de l’inventivité ludique ou de la façon dont les joueurs font au jugé, des estimations de probabilité qui demanderaient des heures par l’analyse mathématiques.

Le changement d’anthropologie

Il date plutôt du 18ème siècle et se manifeste avec Rousseau puis Kant. Cette mutation se voit très bien dans la considération de l’enfant. Le statut, la façon dont on conçoit l’enfant changent. On est plus enfant par défaut mais l’enfant devient humanité à réaliser (cela explique la multiplicité des traités sur l’éducation ; ex Rousseau Emile ou de l’éducation. Il devient alors important de s’interroger sur le jeu comme activité de l’enfant, compris comme un apprentissage de la liberté par soi-même, un apprentissage de la règle, du corps. C’est un lieu exemplaire d’auto-apprentissage de soi par soi, l’endroit où l’on peut apprendre à être soi-même.

Cette évolution historique m’a permis de comprendre pourquoi, en tant que philosophe, je peux m’intéresser au jeu. Il n’y aurait ni ludologue, ni ludothécaire si nous n’avions pas appris à considérer que le jeu a une place essentielle dans la société.

A suivre…

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