Pourquoi la culture ?

12 juillet 2016 § Poster un commentaire

En écho à l’université d’été des ludothécaires qui s’est tenue à Brive du 4 au 8 juillet, France culture propose une « Grande traversée » consacrée à la question : Pourquoi la culture ?

Un apport intéressant qui complétera les foisonnants échanges, débats et conférences que nous avons pu avoir tout-au-long de cette semaine passée à Brive, et qui seront prochainement disponibles sous forme d’Actes diffusés au réseau.

Alors, qu’est-ce que la culture ?

(cliquez-sur l’image)510_gui-2016.06.04-12.00.57-358775

 

 

Université d’été des ludothécaires à Brive-la-Gaillarde

26 juin 2016 § Poster un commentaire

CP - Université d'été des ludothacaires à Brive1CP - Université d'été des ludothacaires à Brive2 ALF2016_UEté_programme

20e université d’été des ludothécaires à Wittenheim en Alsace

12 mai 2014 § 1 commentaire

« L’IDENTITE DE LA LUDOTHEQUE »

En 2013, l’université d’été des ludothécaires a permis de présenter les ludothèques comme des lieux originaux d’adaptation et d’intégration sociale et culturelle. L’édition 2014 portera sur la définition  de ses missions et de ses modes de fonctionnement. En effet, malgré l’existence de cadres de références , la ludothèque est diverse, privée (associative) ou publique, indépendante ou rattachée à des services différents (centres culturels, centres sociaux…), elle offre une vision éclectique du métier de ludothécaire. Questionner son identité permet de s’interroger sur l’étendue de ses fonctions et sur ses relations avec les autres acteurs de la vie territoriale.

Logo_Site

Au programme de l’édition 2014 :

Lundi 7 juillet 

10h-12h > Accueil des participants et présentation de la semaine.

14h-16h > Conférence : Quelle place pour la ludothèque sur un territoire ?
Intervenante : Stéphanie Rubi, maîtresse de conférence en science de l’éducation et responsable de la licence professionnelle gestion et animation de ludothèques (Lpgal), IUT Michel de Montaigne à l’Université Bordeaux3.

16h – 17h > Questions du public.

Mardi 8 juillet 

9h30-12h30 > Table-ronde : la ludothèque dans la cité.
Utilité sociale de la ludothèque dans les enjeux de territoires : place et rôle de la ludothèque dans la politique de la ville.
Intervenants : un élu en charge du Pru (programme de rénovation urbaine) ; Marion Unal, ingénieure-urbaniste, intervenante à Sciences-Po Paris, qui exerce actuellement en tant que directrice générale adjointe de la ville de Bondy en Seine-Saint-Denis, où elle dirige un important projet de rénovation urbaine et la politique de la ville ; un représentant de Unicef France en charge du plaidoyer Ville amie des enfants.

14h-17h > Ateliers en groupes et conclusion en plénière : pour une ludothèque idéale.
Ce travail collectif a pour objectif d’inciter les participants à oser, ensemble, décrire leur vision de la ludothèque idéale. Il s’agira, également, d’exprimer les attentes d’un réseau vis-à-vis de l’instance nationale. De cet exercice émergeront des pistes de réflexion pour le développement des ludothèques ainsi qu’une mise en perspective avec les actions et projets proposés par l’Alf.
Animateurs : Alice Ferchaud, responsable de la ludothèque municipale de Cholet (49) et Grégory Paget de Nova Child, responsable Etudes et communautés chez Nova CHILD (réseau d’entreprises, de centres de recherche et de formation dédié à l’innovation pour le bien-être de l’enfant de 0 à 12 ans).

Mercredi 9 juillet 

9h30-12h30 > Table-ronde : ludothèques et médiathèques : quelle complémentarité ?
Ces dernières décennies ont vu l’émergence de médiathèques, rassemblant en un même lieu différentes ressources culturelles : le livre, la musique, la vidéo et désormais le jeu.
Intervenants : Xavier Galaup, directeur de la médiathèque départementale du Haut-Rhin de Colmar et trésorier national de l’association des bibliothécaires de France (Abf), Brigitte Hutin, ancienne ludothécaire et responsable de la médiathèque de la communauté d’agglomération de Montpellier et des représentants de médiathèques/ludothèques ; Nadia Neher, coordinatrice évènementielle à la MJC de Wittenheim et coordinatrice pour le festival Ramdam, festival du livre et de la jeunesse à Wittenheim et Frédérique Wisson, médiathécaire à la médiathèque Paul Zwingelstein de Wittenheim.

14h à 15h > Atelier en plénière : Wikiludo, un réservoir de notices en ligne.
Lancé depuis 2013 et présenté lors de la dernière édition de l’université d’été, Wikiludo est entré dans sa phase de tests depuis le mois de mai 2014. Cet atelier est consacré à la sensibilisation et à la pratique de ce nouvel outil pour les ludothécaires.
Animateurs : Josette Hospital, présidente de l’Alf et responsable de la ludothèque de Blagnac avec un des ludothécaires du groupe test.
15h30 à 17h > Ateliers en groupes : les astuces des ludothécaires ou les échanges de savoir-faire.
Mettre en commun les connaissances au cours d’ateliers participatifs. Chacun pourra apporter son expérience ou, à l’inverse, venir chercher des informations pour améliorer la pratique de son métier au quotidien.

Jeudi 10 juillet 

9h30 -12h30 > Table-ronde : ludothèques privées, ludothèques publiques : spécificités de chaque statut.
Cette table-ronde a pour objet de présenter les caractéristiques des différentes conditions statutaires de fonctionnement des ludothèques françaises. Aujourd’hui, 60 % des structures sont associatives pour un peu moins de 40 % ayant un statut municipal ou intercommunal.
Intervenants : des représentants du centre national de la fonction publique territoriale (Cnfpt) et du ministère des sports, de la jeunesse, de l’éducation populaire et de la vie associative.

14h à 17h > Ateliers en groupes : définir le projet et choisir son statut.
Ouvrir des pistes sur les modalités d’élaboration d’un diagnostic et de formalisation du projet au niveau d’un contrat territorial global.

Vendredi 11 juillet 

9h30h-11h30 > Conférence : la ludothèque, lieu de valorisation d’un patrimoine national.
Le jura et l’histoire du jouet français.
Intervenants : Mélanie Bessard du musée du jouet de Moirans-en-Montagne.

11h30 – 12h30 > Questions du public.

14h à 15h > Synthèse de la semaine par Olivier Rampnoux.
Olivier Rampnoux est chercheur au centre européen des produits de l’enfant (CEPE) et administrateur à l’Alf.

15h30 à 18h > Rallye ludique : rallye ludique à la Cité de l’Automobile, collection Schlumpf, de Mulhouse.
Plus grand musée automobile du monde, la Cité de l’Automobile présente 400 modèles historiques, de prestige ou de course, qui retracent l’histoire de l’automobile.

Retrouvez le programme complet et la fiche d’inscription en cliquant sur ce lien.

Jeu et philosophie #4

5 septembre 2013 § Poster un commentaire

4/4

extraits de l’intervention de Colas Duflo, université d’été des ludothécaires 1998

Colas Duflo, professeur à l’Université de Picardie Jules Verne, est spécialiste de la littérature et de la philosophie françaises du XVIIIe siècle. Il est l’auteur de le jeu de Pascal à Schiller et Jouer et philosopher.

… suite du billet précédent :

Le jeu et la règle

 « Les joueurs de football » (1908), par   Henri Rousseau (1844-1910), Solomon R. Guggenheim Museum, New York

« Les joueurs de football » (1908), par Henri Rousseau (1844-1910), Solomon R. Guggenheim Museum, New York

 Je suis parti d’une interrogation sur les conditions de possibilités du jeu à une investigation des conditions dans lesquelles le jeu s’exerce. J’ai étudié plusieurs points :

Le fonctionnement des jeux comme structures productrices.

Les théories économico-mathématiques qui n’étudient pas des jeux réels permettent de comprendre comment une règle est une structure productrice car elle définit un arbre d’actions possibles.

La question de la compétence

Que doit-être un individu pour être capable de jouer ? Les théories linguistiques en se référant souvent au jeu permettent d’envisager la compétence du joueur, c’est-à-dire tout ce par quoi il est capable d’intégrer des règles.

Le mode de pensées ludique

Une fois les règles du jeu intégrées (stade primordial, sans lequel le jeu n’est pas possible) comment les faisons-nous fonctionner ? J’ai essayé d’analyser le jeu comme une appréciation de tendance. Cela m’a amené à réinterpréter le jeu dans les catégories de la philosophie classique sous le thème de la prudence.

La conduite ludique s’avère être un type particulier de conduite prudentielle dans ces structures à produire du risque que sont les jeux. Ce sont les règles qui produisent des espaces d’indétermination puisqu’un jeu terminé est fini.

Les caractéristiques du jeu

J’ai montré comment elles se déduisent de l adéfinition que j’ai donnée et comment elles acquièrent par là leur spécificité ludique. Une caractéristique très remarquée est le fait que le jeu soit une clôture. En effet, l’espace et le temps du jeu sont toujours fermés et formés par les règles qui le définissent. Le jeu est un espace relationnel et séquentiel. On retrouve cette idée dans la littérature consacrée au jeu (Le joueur de Dostoievsky, le joueur d’échec de Stéphan Sweig, W ou le souvenir d’enfance de Georges Perec). Par exemple, ce qui fait la différence entre un terrain de foot et un pré à vache n’est pas tant la qualité de l’herbe. Le terrain de foot est produit par la règle qui en définit les limites mais aussi les relations dans cet espace. La règle définit ce terrain comme un espace qualitatif, elle définit une surface de réparation, des lignes de touche, le terrain des deux équipes. Ces espaces ne sont plus neutres mais entièrement qualifiés comme relations (le terrain adverse n’’ de sens que dans la relation d’adversité). La règle du hors jeu montre bien qu’il est question des relations entre joueurs dans l’espace occupé. De même, le temps de la partie est un temps séquentiel qui acquiert des qualités : le temps d’ouverture (observation ou intimidation), la fin de partie, etc.

La règle fondatrice produit la clôture ludique qui définit un temps et un espace clos, à l’intérieur de la vie courante. Le jeu peut donc s’analyser comme créant un espace et un temps propre, un monde à part. C’est sans doute ce qui nous fascine dans le jeu.

Le contrat ludique

J’ai analysé ce geste tacite ou explicite par lequel les participants entrent dans le jeu. Dans un tournoi, le fait de participer implique la connaissance et l’acceptation du règlement : le contrat est explicite. Mais dans la plupart des jeux d’enfants, le contrat est tacite car ce que l’on a le droit de faire peut se négocier en cours de période. Ce contrat ludique prend tout son sens dans les jeux de concurrence et de conflit, il entraîne des relations particulières entre les joueurs.

Le plaisir ludique

Spinoza met en évidence la notion de « conatus » qui représente la volonté d’un être de persévérer dans son être, sa puissance d’agir. Dans le jeu, cette puissance est produite par la règle et peut servir à analyser ce qu’il y a de spécifique dans le plaisir ludique. A la roulette, la puissance d’agir se matérialise par le nombre de plaquettes possédées qui représentent la marge de manœuvre du joueur, le but du jeu étant d’augmenter sa puissance d’agir. Dans la plupart des jeux, il y a cette notion de puissance d’agir. Dans une partie on dira « je suis bien là » pour signifier que l’on a une puissance d’agir importante ou au contraire « je ne pouvais rien faire » quand l’adversaire est suffisamment puissant pour développer sa puissance d’agir : l’un ne peut persévérer dans son être qu’en réduisant l’être de l’autre. Au contraire, les jeux de collaboration font durer les puissances d’agir des uns et des autres.

C’est ce que j’ai essayé d’appliquer à la notion de plaisir ludique. En quoi le plaisir du jeu est-il spécifique ? Le jeu est une somme de plaisirs mais dans tous les cas, il y a un plaisir spécifique qui donne toute sa tonalité au jeu, qui est la joie propre du jeu.

La légalité ludique produit donc un « conatus » artificiel, qui conduit le joueur à persévérer dans son être et à augmenter sa puissance d’agir et son plaisir ludique.

Jeu et philosophie #3

4 septembre 2013 § Poster un commentaire

3/4

extraits de l’intervention de Colas Duflo, université d’été des ludothécaires 1998

Colas Duflo, professeur à l’Université de Picardie Jules Verne, est spécialiste de la littérature et de la philosophie françaises du XVIIIe siècle. Il est l’auteur de le jeu de Pascal à Schiller et Jouer et philosopher.

… suite du billet précédent :

Une définition philosophique du jeu

« Joueurs d'échecs », vitrail provenant de l'hôtel de la Bessée à Villefranche-sur-Saône, 1430-1440.

« Joueurs d’échecs », vitrail provenant de l’hôtel de la Bessée à Villefranche-sur-Saône, 1430-1440.

« Les joueurs d’échecs », (1863) de Honoré Daumier (1808-1879). Petit-Palais, Paris.

« Les joueurs d’échecs », (1863) de Honoré Daumier (1808-1879). Petit-Palais, Paris.

 « Pianiste et joueurs d’échecs » (1924), par Henri Matisse (1869-1954). National Gallery Washington.

« Pianiste et joueurs d’échecs » (1924), par Henri Matisse (1869-1954). National Gallery Washington.

« Le joueur d’échecs », par Miloud-Boukerche (1917-1979).

« Le joueur d’échecs », par Miloud-Boukerche (1917-1979).

 « Les joueurs d'échecs » par Gilbert Duclos, New York, 1982.

« Les joueurs d’échecs » par Gilbert Duclos, New York, 1982.

« Joueur d’échecs », extrait de «  Raymond Calbuth », Didier Tronchet (1988).

« Joueur d’échecs », extrait de « Raymond Calbuth », Didier Tronchet (1988).

"Le Joueur d'échecs" ("Geri's game", 1997), Jan Pikava (Pixar).

« Le Joueur d’échecs » (« Geri’s game », 1997), Jan Pikava (Pixar).

Il existe un certain nombre d’analyses philosophiques du jeu, chez des auteurs bien connus (Huizingua, Jacques Henriot, Roger Caillois, etc.). On y trouve une volonté de faire du jeu un paradigme, un modèle pour penser toute la société, tout le réel, tout l’être. Mon objectif au contraire, est de comprendre ce qu’est un jeu et ce que nous faisons lorsque nous jouons à la belote, au ballon, aux échecs, à la roulette, etc.

Or, pour rendre compte de ce qu’est le jeu, il fallait d’abord construire une définition, qui ne soit pas une addition de propriétés mais qui permette de montrer comment toutes ces propriétés se déduisent du concept de jeu ainsi mis au jour. En effet, on peut dire que les propriétés étaient déjà bien cernées dans les différents ouvrages consacrés au jeu dans cette deuxième moitié du 20ème siècle. Mais toutes ces propriétés (la règle, la liberté, la fermeture, le plaisir, etc.) étaient simplement additionnées, sans qu’on comprenne comment elles pouvaient aller ensemble. Or, aucune d’elle prise séparément n’est spécifique au jeu. Il fallait donc montrer le point central où se laisse déchiffrer la spécificité du jeu dont peuvent se déduire les différentes propriétés dans leur spécificité ludique. D’où la définition du jeu que j’ai proposée dans « Jouer et philosopher » : le jeu est l’invention d’une liberté par et dans une légalité. Ce qui est spécifique au jeu, c’est cette liberté produite par une légalité particulière, les règles du jeu, qui la produit comme une liberté déjà réglée. Pour qu’il n’y ait pas de confusion entre le concept métaphysique de liberté et cette liberté ludique spécifique, on a forgé pour désigner celle-ci le néologisme « légaliberté ».

Prenons un exemple

Soit un individu quelconque –M. Untel- cadre dans une grande ville. Pour garder la forme, M. Untel veut faire « du sport ». Il va donc se rendre dans une boîte à cadres prévue à cet effet, où un choix va lui être proposé pour meubler l’heure qu’il a prévu de consacrer à cette fin. Mettons qu’il pourra faire de la musculation ou du squash. Tout le monde accorde que, dans les deux cas, il s’agit de sport, mais que le choix de M. Untel va le porter soit vers une activité qui n’est pas un jeu et que personne ne considère comme telle, soit vers une activité qui est un jeu.

De cet accord général témoigne bien le fait que l’usage ordinaire du langage nous faire dire que « M. Untel joue à la musculation ». Que pouvons-nous tirer de cet exemple ? Que pouvons-nous apprendre de ce que tout le monde sait sans toujours en tirer toutes les conséquences ?

D’abord que jeux et sports sont deux ensembles présentant une surface d’intersection, mais qui ne se recouvrent pas totalement. De nombreux jeux ne sont pas des sports (la bataille navale, la roulette, etc.), certains sports ne sont pas des jeux, comme ici la musculation, et certains sports sont aussi des jeux. Maintenant, quand disons-nous d’un sport qu’il est aussi un jeu ? L’exemple ci-dessus nous aide à le comprendre. Dans le cas de la musculation, l’activité existe avant la salle de musculation. Ses diverses installations sont inventées pour faciliter et rendre plus efficace une activité qui leur préexiste, et qui pourrait se pratiquer ailleurs et autrement. Il y a là un sport qui n’est pas un jeu. Dans le cas du squash, ce qui se passe est complètement différent. Si on ne peut pas pratiquer le squash chez soi, ce n’est pas parce que c’est trop petit ou parce que cela fait trop de bruit. On ne peut pratiquer le squash que dans une salle qui correspond à la définition de la surface de jeu, telle qu’elle est donnée par les règles du jeu. C’est la règle qui, définissant l’espace de jeu, définit les règles qui vont permettre de construire des salles de squash, dans lesquelles M. Untel pourra jouer au squash. De même le temps de la partie est produit par la règle, qui définit le nombre de points à atteindre, et non par la durée de l’heure creuse de M. Untel. De même, et pour les mêmes raisons, la règle définit les conditions de possibilité du fait même de jouer au squash (sinon, ce serait un autre jeu), du fait même d’être joueur de squash. Il y a eu des gens musclés avant les salles de musculation. Il ne pouvait par contre y avoir aucun joueur de squash avant les règles du squash. Nous comprenons maintenant la différence que l’usage commun du langage soulignait déjà : même s’il y a sport dans les deux cas, il n’y a jeu que lorsque la règle préexiste à l’activité et la rend possible.

On peut montrer qu’il suffit pour s’en rendre compte de penser que la liberté du joueur d’échecs, qui est toujours libre de faire ceci ou cela (roquer ou non, bouger la tour ou le cavalier), dans la forme prescrite par la règle, n’’ pas de sens avant la règle elle-même. C’est la règle des échecs qui produit le joueur d’échec comme tel. De même pour la boxe : la différence entre la boxe et le combat de rue ne tient pas tant dans l’emploi des gants que dans le fait que les boxeurs, la situation, le temps et la forme de la rencontre sont produits par la légalité ludique qui définit la boxe possible. La règle préexiste à l’activité.

A suivre…

Jeu et philosophie #2

3 septembre 2013 § Poster un commentaire

2/4

extraits de l’intervention de Colas Duflo, université d’été des ludothécaires 1998

Colas Duflo, professeur à l’Université de Picardie Jules Verne, est spécialiste de la littérature et de la philosophie françaises du XVIIIe siècle. Il est l’auteur de le jeu de Pascal à Schiller et Jouer et philosopher.

… suite du billet précédent :

« Le Tricheur à l'as de carreau », v. 1635 par Georges de La Tour (1593-1652). Paris, Musée du Louvre.

« Le Tricheur à l’as de carreau », v. 1635 par Georges de La Tour (1593-1652). Paris, Musée du Louvre.

Les facteurs de mutation de la société par rapport au jeu

Entre le début du 17ème siècle et la fin du 18ème siècle, quels sont les facteurs qui ont contribué à cette mutation ? Il y en a plusieurs mais on n’en retiendra que trois ici : le changement social, le changement d’épistémologie et le changement d’anthropologie.

Le changement social

Le philosophe écrit dans son temps et de son temps. S’il se préoccupe du jeu et aux 17ème et 18ème siècles, c’est indéniablement parce que la société est une société de jeu. Cette idée se voit très bien chez Pascal. Il a créé les premiers modèles efficaces en matière de probabilités et a contribué ainsi à leur développement, mais il a surtout accordé une très grande place au jeu dans ses Pensées. Le jeu sert de modèle pour penser toute la société, car tout le monde joue, dans toutes les classes sociales.

Cette idée se voit encore mieux au 18ème siècle dans L’histoire de ma vie, les mémoires de Casanova. Cet ouvrage compte beaucoup plus de pages consacrées au jeu ou à la description d’aventures liées au jeu que de pages liées à l’aventure amoureuse. Par ailleurs, quelques traités sont consacrés au jeu sous différents points de vue : traités de juristes, de mathématiciens, consacrés à la passion de jeu. Des pièces de théâtre ayant pour thème le joueur fanatique qui ruine toute sa famille voient le jour, etc. Le jeu est donc un phénomène de société qu’il faut penser.

Le changement d’épistémologie

L’intérêt des savants pour le jeu (pas seulement les jeux de hasard car il existe des textes de Leibniz où il analyse un certain nombre d’autres jeux comme le solitaire, le jeu de go, etc.) change le jeu. Il devient un lieu privilégié où s’exerce l’intelligence humaine sans contrainte. Des textes de Leibniz ou de l’Encyclopédie Diderot D’Alembert s’émerveillent de l’inventivité ludique ou de la façon dont les joueurs font au jugé, des estimations de probabilité qui demanderaient des heures par l’analyse mathématiques.

Le changement d’anthropologie

Il date plutôt du 18ème siècle et se manifeste avec Rousseau puis Kant. Cette mutation se voit très bien dans la considération de l’enfant. Le statut, la façon dont on conçoit l’enfant changent. On est plus enfant par défaut mais l’enfant devient humanité à réaliser (cela explique la multiplicité des traités sur l’éducation ; ex Rousseau Emile ou de l’éducation. Il devient alors important de s’interroger sur le jeu comme activité de l’enfant, compris comme un apprentissage de la liberté par soi-même, un apprentissage de la règle, du corps. C’est un lieu exemplaire d’auto-apprentissage de soi par soi, l’endroit où l’on peut apprendre à être soi-même.

Cette évolution historique m’a permis de comprendre pourquoi, en tant que philosophe, je peux m’intéresser au jeu. Il n’y aurait ni ludologue, ni ludothécaire si nous n’avions pas appris à considérer que le jeu a une place essentielle dans la société.

A suivre…

Jeu et philosophie #1

2 septembre 2013 § Poster un commentaire

1/4

NOUVELLE ERE DE JEU OU JEU DE DUPES ?

extraits de l’intervention de Colas Duflo, université d’été des ludothécaires 1998

Colas Duflo, professeur à l’Université de Picardie Jules Verne, est spécialiste de la littérature et de la philosophie françaises du XVIIIe siècle. Il est l’auteur de le jeu de Pascal à Schiller et Jouer et philosopher.

" Jeux d'enfants " (1560) de Pieter Bruegel l'Ancien (1525-1569). Kunsthistorisches Museum Wien - Vienne.

 » Jeux d’enfants  » (1560) de Pieter Bruegel l’Ancien (1525-1569). Kunsthistorisches Museum Wien – Vienne.

Le mot d’ordre que Socrate avait pris pour Maxime et qui était inscrit au fronton du temple de Delphes était « Connais-toi toi même ». On peut l’interpréter de diverses façons, mais au minimum, il veut dire « essaie de comprendre ce que tu es, ce que tu fais, ce que tu penses ». On peut envisager deux façons de procéder : soit par une analyse directe des pratiques, soit de façon plus indirecte par une analyse de l’histoire de nos idées. La 2ème démarche (comprendre l’histoire de nos idées) est très souvent nécessaire pour accomplir la première : analyser directement ce que nous pensons. Pour ce faire, il faut analyser l’histoire des concepts, des notions avec lesquelles nous pensons, notre bagage culturel, reçu de façon inconsciente la plupart du temps. Nous nous posons des questions qui sont souvent produites par une tradition culturelle qu’il faut essayer de retracer si on veut comprendre pourquoi nous nous posons de telles questions.

Donc, pour ne pas rester naïfs, il faut essayer de faire d’abord un travail d’historien des concepts et ensuite un travail d’analyse des pratiques. J’ai essayé de faire cela à propos du jeu dans les deux livres que j’ai écrit sur ce sujet, qui me valent l’honneur d’être invité ici et que je vais présenter.

La révolution conceptuelle à propos du jeu

Le thème du jeu n’est pas très étudié en philosophie mais tout le monde admet maintenant que c’est un objet digne de l’attention des philosophes. Il n’en a pas toujours été ainsi. Les quelques textes de l’Antiquité ou du Moyen Age qui parlent du jeu (une dizaine de pages d’Aristote, un chapitre de la somme théologique de Saint-Thomas d’Aquin) s’y arrêtent pour éviter de le confondre avec autre chose. Le jeu est laissé aux mineurs ; il concerne les enfants et les gens qui ont l’âme assez peu élevée dans la hiérarchie des âmes (qui ne sont pas capables d’aller jusqu’à la théorie). A cette époque, le jeu n’est donc pas digne de l’attention du sage.

Actuellement, tout le monde considère que le jeu est quelque chose de sérieux. Il y a donc eu une émulation de la société par rapport au jeu. J’ai essayé de comprendre cette mutation, en analysant l’histoire de la notion de jeu. Cette mutation a eu lieu au 17ème et 18ème siècles. Tout commence à changer dès la fin du 16ème siècle de façon très indirecte quand les mathématiciens ont considéré les jeux de hasard comme des objets intéressant. Ils deviendront au 17ème siècle une branche importante des mathématiques : le calcul des probabilités. Cette matière est née du jeu puisqu’elle cherchait à répondre aux questions du type : comment dans une partie de dés prévue en dix coups mais arrêtée au 5ème, répartir l’argent qui reste en fonction des chances de gagner de chacun ? Le fait que les mathématiques, la branche modèle du savoir, s’intéressent au jeu fait entrer le jeu dans la sphère des objets dignes d’intérêt. La mutation s’achève avec Schiller à la fin du 18ème siècle dans les Lettres sur l’éducation esthétique de l’homme dans lesquelles il donne au concept de tendance au jeu une dimension paradigmatique. Le jeu est un modèle qui permet de penser toute l’humanité. Son idée s’exprime dans la phrase la plus célèbre du texte : « l’homme ne joue que là où dans la pleine acception de ce terme, il est homme et il n’est tout à fait homme que là où il joue ». Elle exprime l’idée que seul l’homme est capable de jouer et que le jeu révèle l’humanité elle-même.

A partir de là, on ne joue plus par défaut, parce qu’on est un enfant incapable de s’élever à des activités plus consistantes ou parce qu’on est une âme faible incapable de s’élever jusqu’à la théorie, activité du savant, mais on joue de façon essentiellement liée à notre humanité.

A suivre…

La régionale de l’étape !

30 juillet 2013 § Poster un commentaire

8 juillet 2013  : discours d’ouverture de la 19è université d’été des ludothécaires, salle des Illustres au Capitole à Toulouse, de Pierre Cohen Maire de Toulouse et de Josette Hospital, présidente de l’ALF et directrice de la Ludothèque de Blagnac.

Toulouse

Les règles de jeu #4

28 juillet 2013 § Poster un commentaire

4/4

Par Corinne Dominguez, doctorante en psycholinguistique à l’université de Toulouse le Mirail, formatrice.

Extraits de l’intervention à l’Université d’Eté des Ludothécaires 2005.

… suite du billet précédent :

"Puerto Rico", créé par Andreas Seyfarth et illustré par Franz Vohwinkel (Tilsit).

« Puerto Rico », créé par Andreas Seyfarth et illustré par Franz Vohwinkel, 2002 (Tilsit).

Côté joueur, les différents usages

La règle de jeu est tantôt « donneuse de solutions », pour qui la consulte dans le but de vérifier des points de règle au cours de la partie, tantôt « donneuse d’ambiance », pour qui la consulte dans le but de découvrir le jeu. Mais c’est seulement lorsqu’elle est « donneuse d’explications » qu’elle remplit la fonction prévue par son auteur. Ces différents usages induisent autant de modes de lecture différents. Or, des travaux en psychologie ont montré que les processus cognitifs à l’œuvre dans la recherche d’informations ne sont pas les mêmes que ceux qui sous-tendent l’activité de compréhension. L’usage que l’on peut faire du texte de règle de jeu ne correspond donc pas toujours à celui prévu par son concepteur, la règle de jeu étant censée avoir une fonction explicative du « comment jouer » (en clair, elle est censée être la clef du jeu). Dans l’idéal, les différents parcours de lecture empruntés par les lecteurs/joueurs doivent être prévus par le concepteur de la règle de jeu.

Des initiatives qui vont dans ce sens sont à remarquer dans les règles de jeu du commerce. Le problème de la lecture-compréhension des règles de jeux semble être pris en compte par certains éditeurs, chez qui l’on trouve des textes conçus pour différents parcours de lecture. Ainsi dans Puerto Rico on lit sur la première feuille « Si vous lisez ces règles pour la première fois, nous vous conseillons de ne pas vous attarder sur les textes en gras dans les encadrés de droite. Ce sont des résumés utiles pour se remémorer rapidement – même si vous n’avez pas joué depuis longtemps- le déroulement d’une partie. »

 Conclusion

La réponse à la question intitulant cet article se présente comme une étude descriptive embrassant différents domaines de recherche. La psycholinguistique, la psychologie, la linguistique et l’ergonomie apportent en effet des éléments contribuant à éclairer l’origine des difficultés de compréhension que posent les règles de jeux, ainsi que des méthodes efficientes pour l’élaboration optimale de ces textes.

Les défauts les plus courants des textes des règles de jeux de plateau du commerce sont :

–          l’emploi de mots différents pour renvoyer au même objet, entraînant des risques de confusion,

–          l’emploi de mots accessibles seulement à un public averti : cette remarque m’a été faite par des enfants qui proposent comme solution l’ajout d’un petit lexique à la règle,

–          la distorsion entre le titre d’une rubrique et son contenu entraînant une dispersion thématique des informations,

–          la mise en forme visuelle incohérente qui brouille le statut des unités linguistiques (par exemple le graissage qui est utilisé à la fois pour les grands titres et les sous-titres),

–          la non exhaustivité des informations,

–          les contradictions.

Les règles de jeu #3

27 juillet 2013 § Poster un commentaire

3/4

Par Corinne Dominguez, doctorante en psycholinguistique à l’université de Toulouse le Mirail, formatrice.

Extraits de l’intervention à l’université d’été des ludothécaires 2005.

… suite du billet précédent :

"Dungeon twister", écrit par Christophe Boelinger, illustré par Wayne Reynolds et Thierry Masson(Asmodée).

« Dungeon twister », écrit par Christophe Boelinger, illustré par Wayne Reynolds et Thierry Masson, 2004 (Asmodée).

La règle de jeu n’est pas un mode d’emploi

S’il paraît communément admis qu’une règle de jeu n’est pas un roman, nombreux sont ceux qui l’assimilent à un mode d’emploi – à tort.

Contrairement au mode d’emploi, la règle de jeu contient des « éléments de fiction » relatifs à l’histoire racontée par le jeu, ou au monde dans lequel il s’ancre. De plus, se trouvent dans ce texte autant d’éléments abstraits que concrets. Par exemple, l’expression du but du jeu présente une information abstraite réalisable concrètement dans différentes situations, donc non réductible à une seule réalisation possible. De même, le principe du jeu constitue par nature une information non concrète. Enfin, le texte de la règle de jeu est un enchevêtrement de relations logiques de différentes sortes : celles figurant explicitement dans le texte auxquelles se superposent celles qui sous-tendent les jeux des partenaires (« je fais ça en réaction à/parce que/ … »).

Il y a une spécificité de la compréhension de la règle de jeu par rapport à celle du mode d’emploi. Si la lecture d’une recette de cuisine échoue, on dira que le plat est raté ou que c’est une adaptation réussie. Si la lecture d’une notice de montage échoue, on obtiendra une étagère bancale. Pour la règle de jeu, si la lecture échoue, alors on ne joue plus au « bon » jeu ! Une règle détournée, ce n’est pas un jeu loupé, ni un jeu approximatif, c’est un autre jeu, une variante comme on dit. Et c’est l’univers du jeu qui est transformé car autrement régi. Ceci dit, on peut très bien s’amuser avec des règles remaniées malgré soi … !

Des règles peu lisibles

Souvent les mises en forme maladroites des règles de jeux nuisent à leur lisibilité. Dans certains textes de règles de jeux, le manque de soin apporté à la rédaction est impressionnant. Dans la règle du Yoté, par exemple, « fiches », « pions », « pièces » sont indifféremment employés pour désigner la même partie du matériel. Pour des joueurs novices (les enfants surtout) qui ne se régalent pas des règles de jeux, cela ajoute au déplaisir de la lecture de ces textes. Les joueurs expérimentés qui font une lecture précise des règles de jeux déplorent également ces défauts.

Souvent la structure visuelle des informations ne correspond pas à la structure du contenu du texte. Par exemple, le titre d’une rubrique peut être en décalage avec le contenu de la rubrique qu’il chapeaute. Ainsi, dans la règle de Puerto Rico, le bloc informatif intitulé « but du jeu » présente le principe du jeu associé à un exemple, ainsi que les conditions de victoire dont le lecteur/joueur déduit le but du jeu. Ce qui paraît constituer une thématique du point de vue visuel, révèle à la lecture une certaine hétérogénéité quant à la nature des informations. Dans la règle de Dungeon Twister, un même moyen de mise en exergue s’applique à des unités textuelles de « niveaux différents ». Certaines correspondent à des titres de rubriques, tandis que d’autres introduisent des informations ne structurant pas la règle du jeu. Il en résulte une impression de profusion d’informations que le joueur non expérimenté peine à hiérarchiser. La règle dite simplifiée sur la dernière de couverture est, du fait du nombre plus restreint d’informations, plus simple à assimiler, mais là encore une incohérence de la mise en forme visuelle est à souligner.

A suivre…

Où suis-je ?

Entrées taguées Université d’été des ludothécaires sur Le Ludo Blog.